Forum 2017 - Des nouvelles de Pékin

Le parc agro-industriel de Xiedao entre agriculture et tourisme : la réussite d'un modèle circulaire

Alice Dalaut (Sciences Po) et Clément Herman (ENS), depuis Pékin.

Du maïs est planté au milieu de maisons traditionnelles chinoises reconstituées où les visiteurs peuvent séjourner.
Du maïs est planté au milieu de maisons traditionnelles chinoises reconstituées où les visiteurs peuvent séjourner.

A Pékin, où s’élancent tours et grues à un rythme infernal dans un paysage minéral, on peut apercevoir en regardant bien quelques mini potagers muraux ou disposés au pied des immeubles. C’est ce qu’on appelle l’agriculture urbaine interstitielle. Mais la production agricole est une activité qui n’intéresse guère les citadins, pas plus qu’elle n’émeut le gouvernement. Elle sert tout au plus de hobbie à quelques retraités qui ont passé leur enfance dans les campagnes de Mao et cherchent leur place au milieu d’une métropole en complète opposition avec ce qu’ils ont connu autrefois.

 

Face au développement des villes, l’agriculture est perçue comme un reliquat d’une Chine paysanne, traditionnelle et pauvre. Dans un désir de modernisation, d’enrichissement et de renforcement de son statut de puissance mondiale, l’agriculture trouve difficilement sa place en milieu urbain.

 

Pourtant, nourrir 21,7 millions de Pékinois est un défi de tous les jours. Le gouvernement chinois cherche à tout prix à sécuriser son emprise sur les terres cultivables, représentant 9% du territoire national, sans compter les achats fonciers outremers. Mais la sécurité alimentaire ne se limite pas à cet aspect quantitatif. Après des scandales à répétitions autour du lait pour bébés, des légumes gorgés d’eau et des excréments d’animaux retrouvés dans la viande, la classe moyenne émergente commence à se soucier de la qualité de son assiette.

 

Des familles pêchent autour du bassin dédié aux débutants. Pour 500 g de carpes des roseaux pêchées, il faut s’acquitter de 22 RMB en plus de la location du matériel.
Des familles pêchent autour du bassin dédié aux débutants. Pour 500 g de carpes des roseaux pêchées, il faut s’acquitter de 22 RMB en plus de la location du matériel.

 

Le parc agro-écologique industriel de Xiedao, ouvert en 1998, s’inscrit dans la volonté de l’Etat de produire à proximité des pôles de consommation urbains, sans pour autant nuire à l’image de modernité de Pékin, en faisant entrer l’agriculture en ville. Il en va de sa capacité de résilience. Chaque année, la production alimentaire, entièrement biologique, représente 4 à 5 millions de RMB de chiffre d’affaire. Néanmoins, malgré une productivité haute tout au long de l’année, aidée par la technologie, et l’automatisation, l’agriculture ne suffit pas à rendre le site rentable.

Ainsi, en parallèle de cette activité agricole, le parc a développé ses capacités touristiques : si 90% des 200 hectares du parc est dédié à la production agricole, celle-ci ne fournit que 10% des revenus contre 90% pour l’agrotourisme. Il accueille tous les ans 2 millions de visiteurs, avec des pics lors des vacances d’été qui s’élèvent à 30 000 par jour. Situé à 40 minutes en voiture du centre-ville et à proximité de l’aéroport, le parc bénéficie d’un emplacement idéal pour les séminaires d’entreprises et les citadins de la classe moyenne en quête d’un retour aux sources. Il constitue une alternative proche à des destinations réputées pour leurs paysages naturels comme le Yunnan, à 3h30 de vol de la capitale. On peut venir pêcher dans les grands bassins réservés à cet effet, cueillir des fruits dans le verger, suivre des parcours au-dessus de l’étang à lotus, déambuler au sein d’un paysage traditionnel idéalisé et dormir dans un chalet de montagne pseudo alpin. En réalité, le parc propose nombre d’activités allant du jardin maraîcher au mini parc d’attraction. C’est d’ailleurs ainsi qu’il se rémunère, en plus de la vente directe de la production agricole aux visiteurs, puisque l’entrée est libre.

 

Le parc de Xiedao propose des activités adaptées aux plus jeunes : la plupart des visiteurs sont des familles avec enfants.
Le parc de Xiedao propose des activités adaptées aux plus jeunes : la plupart des visiteurs sont des familles avec enfants.

Dans une volonté éducative, Xiedao mise sur les interactions des visiteurs avec le monde agricole, surtout les enfants qui, pour beaucoup n’ont jamais vu d’animaux de ferme ni ne savent à quoi ressemble un légume tout juste récolté. Il s’agit de sensibiliser une population citadine aux enjeux du gâchis alimentaire et de l’environnement.

D’ailleurs, Xiedao insiste sur ces enjeux de développement durable. 83% de l’énergie consommée est renouvelable et provient de panneaux solaires ou bien des centrales de méthanisation du parc. En effet, les déchets sont ici considérés comme des ressources et Xiedao pratique la circularité, ce qui lui assure une empreinte plus faible sur l’environnement et des investissements réduits notamment en engrais grâce à la valorisation des déchets organiques d’une activité à l’autre.

Enfin, le parc mise sur une stratégie de marketing territorial. D’ailleurs, Xiedao signifie île aux crabes en mandarin, ce qui permet aux graphistes d’imaginer des mascottes en forme de crabes. Les campagnes de promotion utilisent les outils de la Chine contemporaine : la télévision, internet, mais surtout Wechat, le réseau social national par excellence. Pour la clientèle visée, des familles avec des jeunes enfants de la classe moyenne pékinoise, c’est un peu le Disney green local.