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À México, enquête sur la violence contre les femmes dans les transports publics

par Kévin Sundareswaran et Rodolfo Hernandez (Science Po)

 

Quiconque s’élance dans les rues du centre historique de México ou sur les gigantesques avenues Insurgentes ou Paseo de la Reforma s’apercevront vite, au-delà du traffic routier très dense, de la présence d’une quantité impressionnante de bus et de micro-bus dans la ville. Et à cela s’ajoutent les multiples lignes de métro de la ville. Les transports publics de México sont empruntés par environ 8 millions de passagers par jour.

 

Au loin, des bus verts, bus faisant partie du réseau de transports publics de la ville
Au loin, des bus verts, bus faisant partie du réseau de transports publics de la ville

Dans ce contexte d’utilisation très importante des transports publics, la violence envers les femmes dans la ville de México est un sujet de préoccupation de taille pour le gouvernement de la ville. En effet, un peu plus de la moitié des femmes qui utilisent les transports publics auraient été victimes au moins une fois dans leur vie de quelconque type de violence sexuelle.

 

Avant 2007, la question de la violence envers les femmes dans la ville n’étant pas taclée par le gouvernement local, des organisations de la société civile ont uni leurs forces pour initier un processus d’analyse de l’assignation des fonds pour répondre aux besoins des femmes. Cela a poussé le gouvernement à mettre les problématiques de genre au cœur des enjeux de la ville.

 

            En 2007, le lancement du programme du gouvernement Viajemos Seguras, initié par l’institution publique Inmujeres, a eu pour but de lutter contre la violence envers les femmes en sécurisant les transports publics de la ville. Surveillance dans les lignes de métro les plus empruntées, police féminine, espaces réservés aux femmes, réseaux de bus exclusifs. Le gouvernement local a fait des efforts significatifs en termes d’infrastructures et de dispositifs.

 

Espace réservé aux femmes et aux enfants dans le métro de la Ville de México
Espace réservé aux femmes et aux enfants dans le métro de la Ville de México

 

Mais malgré des signes encourageants du programme, les chiffres restent très préoccupants. La croissance rapide de la population ainsi que l’augmentation du flux de passagers ne facilitent pas la tâche. De plus, le gouvernement de la Ville de México semble incapable de soutenir les efforts financiers nécessaires. Par manque de fonds mais aussi par manque d’outils normatifs contraignants. Seule une infime partie du budget de l’entité fédérale de México est allouée aux problèmes de genre et ces fonds alloués ne sont pas utilisées efficacement.

 

L’engagement d’ONU Femmes dans le monde pour « Des villes et espaces publics sûrs » a tenté d’apporter une nouvelle dimension au projet. Son implantation en 2015 dans la ville de México semble être un avantage de taille pour le gouvernement de la ville. Le soutien apporté par ONU Femmes permet au gouvernement local de poursuivre ses efforts en termes de réduction de la violence envers les femmes.

 

La production par ONU Femmes d’une étude récente sur la violence envers les femmes, en collaboration avec le Colegio de México et le Gouvernement de la CDMX, a permis une mise à jour sur cette thématique mais également de mettre en lumière les limites des projets de sécurisation des transports publics et de trouver des solutions plus efficaces aux problèmes. Cette étude est financée en partie par les fonds publics mais aussi par des fonds récoltés par ONU Femmes auprès de différentes agences internationales, notamment l’Agence Espagnole de Coopération Internationale pour le Développement (AECID).

 

Le lancement récent d’une campagne de sensibilisation au problème dans le métro, en collaboration avec ONU Femmes, avec des affiches, des vidéos sur Internet ainsi que des hash tags sur les réseaux sociaux ont permis de faire entrer le programme du gouvernement dans une nouvelle dimension. Début 2016, le relancement du programme Viajemos Seguras est le signe d’un renouveau. Et cela est dû en grande partie à la contribution d’ONU Femmes à une approche différente du programme. Le programme Viajemos Seguras a été intégré à un programme plus large et plus complet que le programme initial.

 

Campagne d’ONU Mujeres contre la violence sexuelle dans les transports publics de México. Traduction : « Ceci est le regard qu’ils lancent sur ta partenaire au quotidien. La violence sexuelle est un délit passible d’emprisonnement. Respecte la loi. »
Campagne d’ONU Mujeres contre la violence sexuelle dans les transports publics de México. Traduction : « Ceci est le regard qu’ils lancent sur ta partenaire au quotidien. La violence sexuelle est un délit passible d’emprisonnement. Respecte la loi. »

Mais ce qu’ONU Femmes apporte de particulièrement innovant est l’appui pour un financement intégré et transversal des projets en direction des femmes. Ce point ne porte pas nécessairement sur les projets de sécurisation des transports publics pour les femmes sinon sur l’ensemble des projets visant à réduire la violence envers les femmes dans la ville et à progresser vers une ville plus égalitaire. Depuis 2014, ONU Femmes et le Gouvernement de la CDMX travaillent ensemble sur ce projet ambitieux. Si ce projet n’a pas encore abouti sur des changements significatifs, il montre la quête du gouvernement pour des solutions innovantes au manque de fonds.

 

ONU Femmes apporte également un appui financier de taille avec l’appel à des organisations internationales, notamment l’AECID, pour promouvoir les projets de sécurisation des transports publics pour les femmes à México. Aussi, les organisations de la société civile ont un certain rôle de pression à jouer dans ces projets puisqu’elles poussent à un renforcement par le gouvernement de ces projets. Elles sont également impliqués dans les projets d’implantation d’infrastructures de sécurité (lumières par exemple) en récupérant des fonds publics qui leur sont alloués.

 

Il reste à savoir si ces projets ainsi que leurs financements sont efficaces. En effet, malgré tous les efforts que le gouvernement ainsi que les acteurs qui l’appuient, est-ce que cela suffira à faire avancer la lutte pour une ville libre de violence envers les femmes, permettant de créer un environnement épanouissant pour elles ? De même, le rôle de promoteurs/impulseurs de l’AECID ainsi que des organisations de la société civile impliqués dans le processus de financement de ces projets sont des sujets à développer plus en profondeur.

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