Forum 2017 - Des nouvelles de Lomé

La reconstruction du Grand Marché de Lomé inscrit dans le projet PARMCO

par Ugo Bajeux et Sonia Meite (EUP)


Un contexte flou

Lomé est une petite capitale d’un petit État d’Afrique de l’Ouest, le Togo. Implantée sur le littoral à la frontière avec le Ghana et à la confluence des flux de personnes et de marchandises.

 

Le bâtiment principal de ce marché, a brulé en 2013, deux jours après le marché de Kara, au Nord du pays. Ces évènements ont été marqueurs du projet PARMCO. À Lomé, les commerçants ont été déplacés, en partie, sur le marché d’Agbadahonou à 400 mètres du Grand Marché, qui existait avant l’incendie.

 

Les autorités gouvernementales avaient déjà pour ambition de déplacer le Grand Marché. En effet, bien avant que le Grand Marché ne prenne feu, le gouvernement avait fait construire les halles d’Hedjranawoé plus au Nord-Est de la ville. Les motivations officielles étaient le trop grand nombre de commerçants sur le site du Grand Marché ainsi que la trop grande proximité du Grand Marché avec la frontière. Néanmoins, seul les vendeurs de vêtements et de chaussures, que l’on nomme les « vendeurs de friperies » ont été déplacé sur ce marché-là. Les autres commerçants ont refusé de s’y rendre, phénomène qui a pu être observé avec le marché Agbadahonou. Les raisons de ces refus sont sociales et économiques : les clients comme les commerçants ont leurs habitudes sur le Grand Marché et le déplacement, même de 400 mètres, n’est pas envisageable, au risque de disparaître. De plus, le gouvernement, proche des forces militaires, fait face à une grande méfiance de la part des habitants, et l’idée que les incendies aient été à l’initiative de l’État n’est jamais loin.

Vue d’une des entrées du marché d’Agbadahonou et de son artère principale, relativement vide.
Vue d’une des entrées du marché d’Agbadahonou et de son artère principale, relativement vide.

Une ville principalement commerçante

Lomé est ce qu’on pourrait appeler une « ville-marché », connue sous le nom de la « fille du commerce » en Afrique de l’Ouest, tant chaque quartier possède son propre marché. Néanmoins, parmi la liste innombrable de marchés que compte la ville, il y en a un qui sort du lot : le Grand Marché. Son nom n’est plus associé au nom du quartier, Adawlato, tant son expansion a été importante et sa notoriété, depuis plus de cent ans et grâce notamment aux Pagnes et au Wax des « Nana-Benz », n’est plus à faire. Le Grand Marché est situé en centre ville et sa limite Sud est l’artère qui longe le littoral du Golfe de Guinée, allant de Lagos au Nigéria jusqu’à Abidjan, en Côte d’Ivoire.

 

En effet, le Grand Marché est un lieu touristique mais aussi réputé en Afrique de l’Ouest. Les commerçants ouest-africains s'y rendent pour se ravitailler en marchandises qu’ils achètent en gros pour pouvoir alimenter à leur tour leurs marchés respectifs, du Nigéria à la Côte d’Ivoire en passant par le Burkina Faso et le Mali. Le Grand Marché existe depuis très longtemps et est un lieu incontournable de la ville, ancré dans les mentalités et malgré l’incendie, les clients s’y rend pour faire leurs achats car « on sait que l’on va retrouver tout ce qu’on cherche là-bas ».

 

Il est intéressant de revenir sur l’historique du Grand Marché, le bâtiment qui a été brulé a été bâti par les allemands au début du XXème siècle, avec la construction d’une cathédrale à proximité qui sert de point de repère. Le bâtiment du Grand Marché était composé de trois étages dont le dernier dédié aux artistes et celui du dessous aux Nana-Benz (vendeuse de pagnes africains).

Vue de l’emplacement du bâtiment principal du Grand Marché incendié, avec tout autour les commerçants et en fond la cathédrale.
Vue de l’emplacement du bâtiment principal du Grand Marché incendié, avec tout autour les commerçants et en fond la cathédrale.

Description de la zone commerciale - Grand marché de Lomé

On comprend que le Grand Marché n’a pas de délimitation officielle tant il ne cesse de s’accroitre : on peut dire qu’officieusement, le marché se trouve jusqu’à l’avenue du 24 Janvier au Nord et du Boulevard de la République au sud, et jusqu’à la cathédrale à l’ouest. Il est nécessaire de souligner que le Grand Marché regroupe autour de lui trois autres marchés ce qui peut expliquer le flou dans la délimitation. Aussi, étant dans une grande zone commerciale comme définie par le ministère de l’urbanisme, cette zone comprend également des artères commerciales très importantes composées de magasins/ boutiques. 

 

Lors de nos différents entretiens et questionnaires auprès de commerçants, on comprend que cet espace est très complexe, difficile à maitriser et aux enjeux forts. Le Grand Marché est le cœur de la ville et cette centralité forte doit être réorganisée.

Vue d’une petite rue du marché où se mêlent magasins formels, stands sur les trottoirs et vendeurs ambulants.
Vue d’une petite rue du marché où se mêlent magasins formels, stands sur les trottoirs et vendeurs ambulants.

Un jeu "du chat et de la souris"

Au fur et à mesure des recherches, on constate que beaucoup d’acteurs sont présents sur l’espace commercial qu’est le Grand Marché. On retrouve les entités liées à l’aspect financier afin de rendre le commerce formel et de le contrôler (taxes journalières, mensuelles et annuelles) : EPAM et Mairie à travers la distribution de tickets.

 

Les employés de l’EPAM ne se rendent que sur le territoire délimité officiellement par l’Etat et la mairie récupère le paiement des commerçants sur l’espace restant (entre 8h et 12h) : c’est-à-dire chaque espace où l’on retrouve des commerçants hors des limites officielles, y compris la rue et les trottoirs.

 

On retrouve aussi des associations qui essayent de rendre les activités des commerçantes formelles à travers des formations leurs permettant de tenir leurs comptes et de placer leurs argents au sein de banque.

 

Il y a donc une recherche de formalisation du marché et de l’activité commerciale autour de celui-ci qui est menée par différents acteurs ainsi qu’une réflexion globale afin d’apporter les réponses efficaces à ce lieu emblématique de la ville et du pays.

 

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