Forum 2017 - Des nouvelles de Casablanca

Casablanca, une ville à la recherche de son identité

Par Damien Berret et Juliette Guichardet (Sciences Po)

Image 1: la mosquée Hassan II
Image 1: la mosquée Hassan II

 

Casablanca est une ville de contrastes par excellence. Avec près de quatre millions d’habitants, il s’agit de la capitale économique du Maroc, produisant 50% de la valeur ajoutée du pays et attirant 48% des investissements en 2010. Ces investissements se manifestent dans des projets emblématiques, comme la construction des Twin Towers (pilotée par l’architecte Ricardo Bofill) dans le quartier d’affaires de la ville, le réaménagement complet de la côte autour de la marina, ou bien encore la mise en service récente de la toute première ligne de tramway, qui la traverse d’est en ouest.

 

Pourtant, Casablanca est une ville à deux vitesses, avec un taux de chômage qui demeure élevé et des disparités sociales très importantes, qui se manifestent notamment à travers l’existence d’un habitat insalubre non résorbé. Ainsi, le bidonville de Derb Ghallef jouxte immédiatement le quartier Maarif, celui des sièges d’entreprises et des Twin Towers. L’ancienne médina est composée quant à elle d’habitats insalubres et sous-équipés, souffre d’un déficit d’infrastructures de base (accès à l’eau potable, gestion des déchets). Les attentats survenus en 2003, perpétrés par des terroristes originaires du bidonville de Sidi Moumem, ont interrogé les autorités sur la nécessité de réconcilier les Casablancais avec leur ville. C’est précisément la mission que s’est donnée la marque territoriale “WeCasablanca” lancée l’année dernière.

 

 

WeCasablanca représente une initiative inédite, en termes de marketing territorial, au Maroc, voire en Afrique. En effet, c’est la première fois qu’une ville africaine développe sa propre marque, et ce dans un double objectif. Il s’agit tout d’abord de doter la ville d’une identité propre, difficile à saisir dans cette mosaïque urbaine très hétéroclite. Pour cela, la Société de Développement Local (SDL) CasaEvent & Animations, chargée de superviser le déploiement de la marque, a réalisé une étude stratégique visant à dégager les caractéristiques essentielles de “l’ADN” de Casablanca : ouverture sur le monde, dynamisme économique, brassage des cultures, caractère pionnier (notamment à travers son architecture) en font partie. Dans un deuxième temps, il s’agit de mettre en avant les principaux atouts de la ville afin de la rendre à la fois désirable aux yeux de ses propres habitants, attractive pour les touristes, et intéressante pour les investisseurs internationaux: ainsi la douceur du climat, la connexion au monde, la dimension internationale de la ville sont-elles mises en avant.

 

Le déploiement de la marque territoriale a débuté l’année dernière, en 2016, avec l’organisation d’événements emblématiques comme le marathon de Casablanca. Cette année, la société Casa Event et Animations a organisé un festival, le “Casa Festival”, permettant de donner accès gratuitement à plus de dix concerts aux habitants de la ville. Avec deux scènes principales, dont l’une située tout près du phare d’Anfa, à proximité de logements sociaux et de bidonvilles, ce festival apparaît comme la manifestation du désir de rassembler dans une ville de contrastes. Comme en témoigne la dernière image du carré d'illustrations, le festival a été un succès. En attirant plusieurs milliers de personnes, les organisateurs semblent avoir gagné leur pari de réconciliation, du moins le temps de quelques soirées. Les Casaouis ont ainsi pu assister à des concerts de stars internationales - comme Gloria Gaynor - et nationales. (voir photo 3 du carré d'illustrations)

 

 

WeCasablanca est en effet au coeur des nouvelles modalités du financement des grandes métropoles - africaines, mais pas seulement. En mettant au coeur de sa démarche des partenariats multi-acteurs, la société Casa Event & Animations parie à la fois sur des financements publics (ville de Casablanca, région de Casablanca-Settat, centre régional d’investissement, mais aussi agences publiques comme l’Agence Urbaine de Casablanca ou encore l’Agence Nationale des Ports), et sur la nécessité de mettre en place une stratégie de marketing territorial pour attirer des financeurs privés. Ainsi, les événements comme le marathon, le festival du shopping ou le Casa Festival sont sponsorisés par des acteurs pour qui l’attractivité du pays est un élément stratégique, comme la compagnie aérienne Royal Air Maroc. De plus, l’exposition “Casa Smart City” lancée l’année dernière rassemble des investisseurs marocains et internationaux potentiels (notamment Emirati), tous intéressés par les nouvelles technologies, et prêts à financer des projets allant dans ce sens au Maroc.

 

Pourtant, WeCasablanca peine encore à garantir des fonds pérennes de la part des investisseurs privés, nationaux mais encore plus internationaux, plus prompts à appuyer des événements ponctuels qu’à s’engager de manière durable dans le financement de la ville. On touche ici aux limites du rôle que peut jouer le marketing territorial dans l’attractivité d’une ville certes extrêmement dynamique, mais souffrant de déficits durables en termes d’infrastructures de base, et dont les habitants sont toujours à la recherche d’une identité susceptible de les réconcilier.