Forum 2017 - Des nouvelles du Bangladesh

Carnet de bord à Dacca

par Emilie Chak (EUP), Sachine Chak (UFR Pharma) et Mélanie Sick (Paris Dauphine)

Mercredi 5 juillet, 20h50.

Nous arrivons à Dhaka au Bangladesh. Dans l'aéroport, nous ressentons déjà le climat chaud et humide de Dhaka, mais la climatisation en amoindrit les effets. C'est lorsque nous sortons de l'aéroport et que de la buée se forme sur les verres de nos lunettes, que nous comprenons que nous serons dans un bain à vapeur permanent à Dhaka.

 

Nous récupérons nos valises et trouvons un "taxi" - qui n'a de "taxi" que le nom tant aucun signe distinctif ne permet de le considérer comme tel. Le taxi nous amène à notre logement non sans difficultés et sans frayeurs. Nous bravons les embouteillages, la circulation à contre sens et la pluie, et nous arrivons enfin à destination.

 

Ces premiers pas dans Dhaka étaient un avant-goût de ce qu'allait être l'environnement dans lequel nous aurions à réaliser notre enquête de terrain.

 

Les premières rencontres.

Notre premier entretien a lieu au siège de la BRAC. À un peu moins d'une heure de trajet de notre lieu d'hébergement, nous partons une heure et demie à l'avance pour être certaines d'être à l'heure. 

 

Mais c'était sans compter les fameux embouteillages de Dhaka. 

 

À bord d'un CNG, nous voyons le temps défiler alors que nous n'avançons pas d'un iota. Le conducteur nous dit lui-même que les embouteillages de Dhaka sont difficiles et très fréquents.

 

Il nous faudra finalement un peu plus de deux heures pour arriver à notre destination, en retard.

Le même scénario se répétera pour d'autres entretiens et chacun de nos hôtes ne s'émouvra pas de notre retard, tant l'embouteillage est un fléau connu de tous.

Le second fléau qui a tout autant de pouvoir sur notre emploi du temps est la pluie. 

 

 

Alors que nous marchons pour atteindre le lieu du rendez-vous fixé avec l'un des groupes sélectionnés au cours de l'Urban Innovation Challenge, nous devons interrompre notre ascension et attendre un bon moment sous un porche pour laisser passer la tempête d'eau qui s'abat sur la ville.

 

La vie des piétons s'arrête pendant le temps de la pluie. Elle reprend son cours dès lors qu'elle est passée.

 

Nous arrivons également en retard, mais la pluie comme les embouteillages sont des excuses acceptées par tous.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Les aveux: "le Bengali n'aime pas dire qu'il ne sait pas".

Il est un dernier "fléau" qui lui n'est pas lié au temps. 

 

Entretien à Mirpur-2, block-B avec l'un des groupes gagnants du Urban Innovation Challenge. Nous sommes à Mirpur-2, block-F et décidons de nous rendre au lieu de rendez-vous à pied.

 

L'aventure commence. Le GPS ne fonctionne pas ou bien nous envoie dans un autre quartier. Le nom des rues et des blocs n'est pas toujours indiqué. Il ne nous reste plus qu'à demander notre chemin.

Après plusieurs consultations, nous nous rendons compte que nous tournons en rond. L'ensemble des indications obtenues n'était pas cohérent et une même personne a pu nous donner des informations différentes voire contradictoires.

 

Nous arrivons au lieu de rendez vous malgré tout. L'entretien peut commencer. 

 

L'interviewé nous explique la dimension éducative de son projet. Il s'agit de mettre en place un réseau de motos-taxi au sein de Dhaka pour éviter les embouteillages. Les conducteurs sont formés sur leur métier mais également sur des principes généraux de bonne conduite et d'hygiène de vie sociale. "Le Bengali n'aime pas dire qu'il ne sait pas" et préfère donner de fausses indications ou se perdre plutôt que d'avouer son ignorance.

 

L'idée du projet est donc d'éduquer les conducteurs à dire qu'ils ne connaissent pas la destination demandée plutôt que d'accepter la course en affirmant la connaître et faire tourner le client en bourrique jusqu'à trouver la destination en ayant perdu beaucoup de temps.

 

Finalement, ce comportement ne se trouve pas que chez les conducteurs-"taxi". Amusé, notre interviewé dira que nous en avons fait l'expérience lorsque nous cherchions notre chemin pour venir jusqu'à lui.

 

Les enjeux du milieu urbain.

Vivre entre Dhaka et Chittagong nous permet de faire directement l'expérience de ce sur quoi la BRAC souhaite travailler à travers l'Urban Innovation Challenge : les embouteillages, l'emploi précaire et notamment l'emploi des conducteurs de rickshaw, l'accès à la santé, les comportements ayant un impact sur la vie urbaine.

 

Les projets retenus auront un impact certain mais toutefois mesuré sur le milieu urbain retenu (Dhaka, Chittagong et Rangpur).

 

La BRAC est certes une ONG bien implantée en milieu rural mais elle l'est assez peu en zone urbaine. Avec l'édition 2016-2017 du Urban Innovation Challenge, elle fait ses premiers pas au sein de la ville.

 

L'expertise est là, mais l'équipe du Urban Innovation Challenge ne se cache pas pour dire que cette première édition est un test à petite échelle (3 thèmes: emploi, transport, santé; 6 projets sélectionnés).

 

Elle est l'occasion de voir quels sont les défis auxquels il faut faire face pour que ces projets urbains puissent être développés sur le modèle de la start-up.

 

Le financement est l'un de ces défis.

 

Avant la fin de la période d'incubation (octobre 2017), les start-ups disposeront d'un capital de 500 000 takas (5 500 euros environ) en provenance des fonds de la BRAC. Elles doivent également rechercher des financements complémentaires auprès d'investisseurs privés tels que les entreprises ou les capital venture (Future Start-Up, Bd Venture Limited, etc.). Toutefois, le réseau de financeurs des start-ups est assez peu développé au Bangladesh. Il s'agit donc, pour la BRAC et ces start-uppers en devenir, de participer à la consolidation du marché du financement des start-ups pour en faire une source solide de financement du développement urbain.

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