Forum 2017 - Des nouvelles de Casablanca

Casablanca, une ville à la recherche de son identité

Par Damien Berret et Juliette Guichardet (Sciences Po)

Image 1: la mosquée Hassan II
Image 1: la mosquée Hassan II

 

Casablanca est une ville de contrastes par excellence. Avec près de quatre millions d’habitants, il s’agit de la capitale économique du Maroc, produisant 50% de la valeur ajoutée du pays et attirant 48% des investissements en 2010. Ces investissements se manifestent dans des projets emblématiques, comme la construction des Twin Towers (pilotée par l’architecte Ricardo Bofill) dans le quartier d’affaires de la ville, le réaménagement complet de la côte autour de la marina, ou bien encore la mise en service récente de la toute première ligne de tramway, qui la traverse d’est en ouest.

 

Pourtant, Casablanca est une ville à deux vitesses, avec un taux de chômage qui demeure élevé et des disparités sociales très importantes, qui se manifestent notamment à travers l’existence d’un habitat insalubre non résorbé. Ainsi, le bidonville de Derb Ghallef jouxte immédiatement le quartier Maarif, celui des sièges d’entreprises et des Twin Towers. L’ancienne médina est composée quant à elle d’habitats insalubres et sous-équipés, souffre d’un déficit d’infrastructures de base (accès à l’eau potable, gestion des déchets). Les attentats survenus en 2003, perpétrés par des terroristes originaires du bidonville de Sidi Moumem, ont interrogé les autorités sur la nécessité de réconcilier les Casablancais avec leur ville. C’est précisément la mission que s’est donnée la marque territoriale “WeCasablanca” lancée l’année dernière.

 

 

WeCasablanca représente une initiative inédite, en termes de marketing territorial, au Maroc, voire en Afrique. En effet, c’est la première fois qu’une ville africaine développe sa propre marque, et ce dans un double objectif. Il s’agit tout d’abord de doter la ville d’une identité propre, difficile à saisir dans cette mosaïque urbaine très hétéroclite. Pour cela, la Société de Développement Local (SDL) CasaEvent & Animations, chargée de superviser le déploiement de la marque, a réalisé une étude stratégique visant à dégager les caractéristiques essentielles de “l’ADN” de Casablanca : ouverture sur le monde, dynamisme économique, brassage des cultures, caractère pionnier (notamment à travers son architecture) en font partie. Dans un deuxième temps, il s’agit de mettre en avant les principaux atouts de la ville afin de la rendre à la fois désirable aux yeux de ses propres habitants, attractive pour les touristes, et intéressante pour les investisseurs internationaux: ainsi la douceur du climat, la connexion au monde, la dimension internationale de la ville sont-elles mises en avant.

 

Le déploiement de la marque territoriale a débuté l’année dernière, en 2016, avec l’organisation d’événements emblématiques comme le marathon de Casablanca. Cette année, la société Casa Event et Animations a organisé un festival, le “Casa Festival”, permettant de donner accès gratuitement à plus de dix concerts aux habitants de la ville. Avec deux scènes principales, dont l’une située tout près du phare d’Anfa, à proximité de logements sociaux et de bidonvilles, ce festival apparaît comme la manifestation du désir de rassembler dans une ville de contrastes. Comme en témoigne la dernière image du carré d'illustrations, le festival a été un succès. En attirant plusieurs milliers de personnes, les organisateurs semblent avoir gagné leur pari de réconciliation, du moins le temps de quelques soirées. Les Casaouis ont ainsi pu assister à des concerts de stars internationales - comme Gloria Gaynor - et nationales. (voir photo 3 du carré d'illustrations)

 

 

WeCasablanca est en effet au coeur des nouvelles modalités du financement des grandes métropoles - africaines, mais pas seulement. En mettant au coeur de sa démarche des partenariats multi-acteurs, la société Casa Event & Animations parie à la fois sur des financements publics (ville de Casablanca, région de Casablanca-Settat, centre régional d’investissement, mais aussi agences publiques comme l’Agence Urbaine de Casablanca ou encore l’Agence Nationale des Ports), et sur la nécessité de mettre en place une stratégie de marketing territorial pour attirer des financeurs privés. Ainsi, les événements comme le marathon, le festival du shopping ou le Casa Festival sont sponsorisés par des acteurs pour qui l’attractivité du pays est un élément stratégique, comme la compagnie aérienne Royal Air Maroc. De plus, l’exposition “Casa Smart City” lancée l’année dernière rassemble des investisseurs marocains et internationaux potentiels (notamment Emirati), tous intéressés par les nouvelles technologies, et prêts à financer des projets allant dans ce sens au Maroc.

 

Pourtant, WeCasablanca peine encore à garantir des fonds pérennes de la part des investisseurs privés, nationaux mais encore plus internationaux, plus prompts à appuyer des événements ponctuels qu’à s’engager de manière durable dans le financement de la ville. On touche ici aux limites du rôle que peut jouer le marketing territorial dans l’attractivité d’une ville certes extrêmement dynamique, mais souffrant de déficits durables en termes d’infrastructures de base, et dont les habitants sont toujours à la recherche d’une identité susceptible de les réconcilier. 

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Forum 2017 - Des nouvelles d'Inde

Carnet de bord de nos deux stagiaires à Mumbaï

Par Corentin Ortais et Juliette Paraponaris (Sciences Po)

Étude sur le financement du projet de réhabilitation du marché Bhendi Bazaar

Pour plus d'informations sur l'enquête à Mumbaï, lisez la présentation rédigée sur ce même blog.

 

Evolutions de notre recherche :

L’axe du financement semble très difficile à creuser. Le trust en charge du projet (le SBUT) ne nous donne pas plus que les informations officielles. Les institutions officielles et les consultants ne sont pas au courant, pas plus que les chercheurs, et les résidents ont tous des informations différentes.
Nous allons donc, en plus du financement, explorer d’autres pistes : le cadre légal du projet (cluster redevelopment, FSI incentives), le paradigme d’action publique dans lequel ce projet s’inscrit (destruction/reconstruction systématique dans le sud de Mumbai, construction de tours et volonté de création d’une world class city), la spatialisation des communautés et l’inclusivité du projet, les conséquences sur la vie des gens, la reproductibilité du projet...

Pour l’instant nous n’avons pas encore choisi sur quel aspect précis se concentrer. Nous continuous de nous poser la question recommandée par notre référente locale Sukriti Issar : “what is it a case of?”.

Difficultés :

Nous avons mené beaucoup d’interviews, mais il est souvent difficile d’obtenir des informations qui soient autres qu’officielles ou dithyrambiques. Les représentants de la MCGM (Municipal Corporation of Greater Mumbai) ou du SBUT nous donnent tous les mêmes informations à peu de choses près.
Il est aussi difficile de discuter avec des résidents ou des commerçants, qui souvent ne parlent pas anglais. Ceux que nous avons rencontrés semblent avoir des points de vue extrêmement différents, et souvent basés sur des rumeurs et des perceptions plus que sur des faits. En outre, nous n’aurons pas assez de temps pour interviewer suffisamment de personnes pour obtenir une vision complète des différents point de vue sur le projet.

Le projet touche aussi à trop d’aspects différents (religieux, communautaire, relogement des populations, planning urbain, destruction du patrimoine architectural, redéfinition des conditions de vie des habitants, exclusion/inclusion des différents acteurs du Bhendi Bazaar...).
Les différents acteurs interviewés sont souvent réticents ou fainéants à l’idée de partager les documents qu’ils ont en leur disposition. Plutôt que de nous donner des documents sur une clé USB, on nous dit simplement de prendre en photo un plan en format papier...

Réussites :

Nous avons déjà réussi à avoir le point de vue de beaucoup de personnes différentes, des points de vue très divers. Avec notamment des officiels assez élevés dans la hiérarchie, des résidents, Bohras et non-Bohras. Ceci malgré le fait que l’anglais est clairement la langue minoritaire dans le quartier. Nous avons aussi été sur le site pour des observations à 4 reprises. Parmi celles-ci, nous avons été accompagnés et guidés une fois par un membre du SBUT, et une autre fois par un commerçant du quartier. Nous avons profité des autres visites pour tenter de discuter avec des commerçants (sans beaucoup de succès, à cause de la barrière linguistique). Personnes interviewées : 1 commerçant, 1 résidente, 1 ancienne résidente relogée dans un camp de transit, 1 homme qui se rend très régulièrement au Bhendi Bazaar, 1 élu local, 3 officiels de la MCGM, 1 membre du SBUT, 1 consultant du projet, 2 académiciens.

Nous avons en outre rencontré Sukriti Issar, notre référente locale, ainsi que discuté de manière plus courte et informelle avec le président du SBUT, deux commerçants, et plusieurs officiels de la MCGM. 

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Forum 2017 - Des nouvelles de Lomé

La reconstruction du Grand Marché de Lomé inscrit dans le projet PARMCO

par Ugo Bajeux et Sonia Meite (EUP)


Un contexte flou

Lomé est une petite capitale d’un petit État d’Afrique de l’Ouest, le Togo. Implantée sur le littoral à la frontière avec le Ghana et à la confluence des flux de personnes et de marchandises.

 

Le bâtiment principal de ce marché, a brulé en 2013, deux jours après le marché de Kara, au Nord du pays. Ces évènements ont été marqueurs du projet PARMCO. À Lomé, les commerçants ont été déplacés, en partie, sur le marché d’Agbadahonou à 400 mètres du Grand Marché, qui existait avant l’incendie.

 

Les autorités gouvernementales avaient déjà pour ambition de déplacer le Grand Marché. En effet, bien avant que le Grand Marché ne prenne feu, le gouvernement avait fait construire les halles d’Hedjranawoé plus au Nord-Est de la ville. Les motivations officielles étaient le trop grand nombre de commerçants sur le site du Grand Marché ainsi que la trop grande proximité du Grand Marché avec la frontière. Néanmoins, seul les vendeurs de vêtements et de chaussures, que l’on nomme les « vendeurs de friperies » ont été déplacé sur ce marché-là. Les autres commerçants ont refusé de s’y rendre, phénomène qui a pu être observé avec le marché Agbadahonou. Les raisons de ces refus sont sociales et économiques : les clients comme les commerçants ont leurs habitudes sur le Grand Marché et le déplacement, même de 400 mètres, n’est pas envisageable, au risque de disparaître. De plus, le gouvernement, proche des forces militaires, fait face à une grande méfiance de la part des habitants, et l’idée que les incendies aient été à l’initiative de l’État n’est jamais loin.

Vue d’une des entrées du marché d’Agbadahonou et de son artère principale, relativement vide.
Vue d’une des entrées du marché d’Agbadahonou et de son artère principale, relativement vide.

Une ville principalement commerçante

Lomé est ce qu’on pourrait appeler une « ville-marché », connue sous le nom de la « fille du commerce » en Afrique de l’Ouest, tant chaque quartier possède son propre marché. Néanmoins, parmi la liste innombrable de marchés que compte la ville, il y en a un qui sort du lot : le Grand Marché. Son nom n’est plus associé au nom du quartier, Adawlato, tant son expansion a été importante et sa notoriété, depuis plus de cent ans et grâce notamment aux Pagnes et au Wax des « Nana-Benz », n’est plus à faire. Le Grand Marché est situé en centre ville et sa limite Sud est l’artère qui longe le littoral du Golfe de Guinée, allant de Lagos au Nigéria jusqu’à Abidjan, en Côte d’Ivoire.

 

En effet, le Grand Marché est un lieu touristique mais aussi réputé en Afrique de l’Ouest. Les commerçants ouest-africains s'y rendent pour se ravitailler en marchandises qu’ils achètent en gros pour pouvoir alimenter à leur tour leurs marchés respectifs, du Nigéria à la Côte d’Ivoire en passant par le Burkina Faso et le Mali. Le Grand Marché existe depuis très longtemps et est un lieu incontournable de la ville, ancré dans les mentalités et malgré l’incendie, les clients s’y rend pour faire leurs achats car « on sait que l’on va retrouver tout ce qu’on cherche là-bas ».

 

Il est intéressant de revenir sur l’historique du Grand Marché, le bâtiment qui a été brulé a été bâti par les allemands au début du XXème siècle, avec la construction d’une cathédrale à proximité qui sert de point de repère. Le bâtiment du Grand Marché était composé de trois étages dont le dernier dédié aux artistes et celui du dessous aux Nana-Benz (vendeuse de pagnes africains).

Vue de l’emplacement du bâtiment principal du Grand Marché incendié, avec tout autour les commerçants et en fond la cathédrale.
Vue de l’emplacement du bâtiment principal du Grand Marché incendié, avec tout autour les commerçants et en fond la cathédrale.

Description de la zone commerciale - Grand marché de Lomé

On comprend que le Grand Marché n’a pas de délimitation officielle tant il ne cesse de s’accroitre : on peut dire qu’officieusement, le marché se trouve jusqu’à l’avenue du 24 Janvier au Nord et du Boulevard de la République au sud, et jusqu’à la cathédrale à l’ouest. Il est nécessaire de souligner que le Grand Marché regroupe autour de lui trois autres marchés ce qui peut expliquer le flou dans la délimitation. Aussi, étant dans une grande zone commerciale comme définie par le ministère de l’urbanisme, cette zone comprend également des artères commerciales très importantes composées de magasins/ boutiques. 

 

Lors de nos différents entretiens et questionnaires auprès de commerçants, on comprend que cet espace est très complexe, difficile à maitriser et aux enjeux forts. Le Grand Marché est le cœur de la ville et cette centralité forte doit être réorganisée.

Vue d’une petite rue du marché où se mêlent magasins formels, stands sur les trottoirs et vendeurs ambulants.
Vue d’une petite rue du marché où se mêlent magasins formels, stands sur les trottoirs et vendeurs ambulants.

Un jeu "du chat et de la souris"

Au fur et à mesure des recherches, on constate que beaucoup d’acteurs sont présents sur l’espace commercial qu’est le Grand Marché. On retrouve les entités liées à l’aspect financier afin de rendre le commerce formel et de le contrôler (taxes journalières, mensuelles et annuelles) : EPAM et Mairie à travers la distribution de tickets.

 

Les employés de l’EPAM ne se rendent que sur le territoire délimité officiellement par l’Etat et la mairie récupère le paiement des commerçants sur l’espace restant (entre 8h et 12h) : c’est-à-dire chaque espace où l’on retrouve des commerçants hors des limites officielles, y compris la rue et les trottoirs.

 

On retrouve aussi des associations qui essayent de rendre les activités des commerçantes formelles à travers des formations leurs permettant de tenir leurs comptes et de placer leurs argents au sein de banque.

 

Il y a donc une recherche de formalisation du marché et de l’activité commerciale autour de celui-ci qui est menée par différents acteurs ainsi qu’une réflexion globale afin d’apporter les réponses efficaces à ce lieu emblématique de la ville et du pays.

 

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Forum 2017 - Des nouvelles de México

À México, enquête sur la violence contre les femmes dans les transports publics

par Kévin Sundareswaran et Rodolfo Hernandez (Science Po)

 

Quiconque s’élance dans les rues du centre historique de México ou sur les gigantesques avenues Insurgentes ou Paseo de la Reforma s’apercevront vite, au-delà du traffic routier très dense, de la présence d’une quantité impressionnante de bus et de micro-bus dans la ville. Et à cela s’ajoutent les multiples lignes de métro de la ville. Les transports publics de México sont empruntés par environ 8 millions de passagers par jour.

 

Au loin, des bus verts, bus faisant partie du réseau de transports publics de la ville
Au loin, des bus verts, bus faisant partie du réseau de transports publics de la ville

Dans ce contexte d’utilisation très importante des transports publics, la violence envers les femmes dans la ville de México est un sujet de préoccupation de taille pour le gouvernement de la ville. En effet, un peu plus de la moitié des femmes qui utilisent les transports publics auraient été victimes au moins une fois dans leur vie de quelconque type de violence sexuelle.

 

Avant 2007, la question de la violence envers les femmes dans la ville n’étant pas taclée par le gouvernement local, des organisations de la société civile ont uni leurs forces pour initier un processus d’analyse de l’assignation des fonds pour répondre aux besoins des femmes. Cela a poussé le gouvernement à mettre les problématiques de genre au cœur des enjeux de la ville.

 

            En 2007, le lancement du programme du gouvernement Viajemos Seguras, initié par l’institution publique Inmujeres, a eu pour but de lutter contre la violence envers les femmes en sécurisant les transports publics de la ville. Surveillance dans les lignes de métro les plus empruntées, police féminine, espaces réservés aux femmes, réseaux de bus exclusifs. Le gouvernement local a fait des efforts significatifs en termes d’infrastructures et de dispositifs.

 

Espace réservé aux femmes et aux enfants dans le métro de la Ville de México
Espace réservé aux femmes et aux enfants dans le métro de la Ville de México

 

Mais malgré des signes encourageants du programme, les chiffres restent très préoccupants. La croissance rapide de la population ainsi que l’augmentation du flux de passagers ne facilitent pas la tâche. De plus, le gouvernement de la Ville de México semble incapable de soutenir les efforts financiers nécessaires. Par manque de fonds mais aussi par manque d’outils normatifs contraignants. Seule une infime partie du budget de l’entité fédérale de México est allouée aux problèmes de genre et ces fonds alloués ne sont pas utilisées efficacement.

 

L’engagement d’ONU Femmes dans le monde pour « Des villes et espaces publics sûrs » a tenté d’apporter une nouvelle dimension au projet. Son implantation en 2015 dans la ville de México semble être un avantage de taille pour le gouvernement de la ville. Le soutien apporté par ONU Femmes permet au gouvernement local de poursuivre ses efforts en termes de réduction de la violence envers les femmes.

 

La production par ONU Femmes d’une étude récente sur la violence envers les femmes, en collaboration avec le Colegio de México et le Gouvernement de la CDMX, a permis une mise à jour sur cette thématique mais également de mettre en lumière les limites des projets de sécurisation des transports publics et de trouver des solutions plus efficaces aux problèmes. Cette étude est financée en partie par les fonds publics mais aussi par des fonds récoltés par ONU Femmes auprès de différentes agences internationales, notamment l’Agence Espagnole de Coopération Internationale pour le Développement (AECID).

 

Le lancement récent d’une campagne de sensibilisation au problème dans le métro, en collaboration avec ONU Femmes, avec des affiches, des vidéos sur Internet ainsi que des hash tags sur les réseaux sociaux ont permis de faire entrer le programme du gouvernement dans une nouvelle dimension. Début 2016, le relancement du programme Viajemos Seguras est le signe d’un renouveau. Et cela est dû en grande partie à la contribution d’ONU Femmes à une approche différente du programme. Le programme Viajemos Seguras a été intégré à un programme plus large et plus complet que le programme initial.

 

Campagne d’ONU Mujeres contre la violence sexuelle dans les transports publics de México. Traduction : « Ceci est le regard qu’ils lancent sur ta partenaire au quotidien. La violence sexuelle est un délit passible d’emprisonnement. Respecte la loi. »
Campagne d’ONU Mujeres contre la violence sexuelle dans les transports publics de México. Traduction : « Ceci est le regard qu’ils lancent sur ta partenaire au quotidien. La violence sexuelle est un délit passible d’emprisonnement. Respecte la loi. »

Mais ce qu’ONU Femmes apporte de particulièrement innovant est l’appui pour un financement intégré et transversal des projets en direction des femmes. Ce point ne porte pas nécessairement sur les projets de sécurisation des transports publics pour les femmes sinon sur l’ensemble des projets visant à réduire la violence envers les femmes dans la ville et à progresser vers une ville plus égalitaire. Depuis 2014, ONU Femmes et le Gouvernement de la CDMX travaillent ensemble sur ce projet ambitieux. Si ce projet n’a pas encore abouti sur des changements significatifs, il montre la quête du gouvernement pour des solutions innovantes au manque de fonds.

 

ONU Femmes apporte également un appui financier de taille avec l’appel à des organisations internationales, notamment l’AECID, pour promouvoir les projets de sécurisation des transports publics pour les femmes à México. Aussi, les organisations de la société civile ont un certain rôle de pression à jouer dans ces projets puisqu’elles poussent à un renforcement par le gouvernement de ces projets. Elles sont également impliqués dans les projets d’implantation d’infrastructures de sécurité (lumières par exemple) en récupérant des fonds publics qui leur sont alloués.

 

Il reste à savoir si ces projets ainsi que leurs financements sont efficaces. En effet, malgré tous les efforts que le gouvernement ainsi que les acteurs qui l’appuient, est-ce que cela suffira à faire avancer la lutte pour une ville libre de violence envers les femmes, permettant de créer un environnement épanouissant pour elles ? De même, le rôle de promoteurs/impulseurs de l’AECID ainsi que des organisations de la société civile impliqués dans le processus de financement de ces projets sont des sujets à développer plus en profondeur.

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Forum 2017 - Des nouvelles de Pékin

Le parc agro-industriel de Xiedao entre agriculture et tourisme : la réussite d'un modèle circulaire

Alice Dalaut (Sciences Po) et Clément Herman (ENS), depuis Pékin.

Du maïs est planté au milieu de maisons traditionnelles chinoises reconstituées où les visiteurs peuvent séjourner.
Du maïs est planté au milieu de maisons traditionnelles chinoises reconstituées où les visiteurs peuvent séjourner.

A Pékin, où s’élancent tours et grues à un rythme infernal dans un paysage minéral, on peut apercevoir en regardant bien quelques mini potagers muraux ou disposés au pied des immeubles. C’est ce qu’on appelle l’agriculture urbaine interstitielle. Mais la production agricole est une activité qui n’intéresse guère les citadins, pas plus qu’elle n’émeut le gouvernement. Elle sert tout au plus de hobbie à quelques retraités qui ont passé leur enfance dans les campagnes de Mao et cherchent leur place au milieu d’une métropole en complète opposition avec ce qu’ils ont connu autrefois.

 

Face au développement des villes, l’agriculture est perçue comme un reliquat d’une Chine paysanne, traditionnelle et pauvre. Dans un désir de modernisation, d’enrichissement et de renforcement de son statut de puissance mondiale, l’agriculture trouve difficilement sa place en milieu urbain.

 

Pourtant, nourrir 21,7 millions de Pékinois est un défi de tous les jours. Le gouvernement chinois cherche à tout prix à sécuriser son emprise sur les terres cultivables, représentant 9% du territoire national, sans compter les achats fonciers outremers. Mais la sécurité alimentaire ne se limite pas à cet aspect quantitatif. Après des scandales à répétitions autour du lait pour bébés, des légumes gorgés d’eau et des excréments d’animaux retrouvés dans la viande, la classe moyenne émergente commence à se soucier de la qualité de son assiette.

 

Des familles pêchent autour du bassin dédié aux débutants. Pour 500 g de carpes des roseaux pêchées, il faut s’acquitter de 22 RMB en plus de la location du matériel.
Des familles pêchent autour du bassin dédié aux débutants. Pour 500 g de carpes des roseaux pêchées, il faut s’acquitter de 22 RMB en plus de la location du matériel.

 

Le parc agro-écologique industriel de Xiedao, ouvert en 1998, s’inscrit dans la volonté de l’Etat de produire à proximité des pôles de consommation urbains, sans pour autant nuire à l’image de modernité de Pékin, en faisant entrer l’agriculture en ville. Il en va de sa capacité de résilience. Chaque année, la production alimentaire, entièrement biologique, représente 4 à 5 millions de RMB de chiffre d’affaire. Néanmoins, malgré une productivité haute tout au long de l’année, aidée par la technologie, et l’automatisation, l’agriculture ne suffit pas à rendre le site rentable.

Ainsi, en parallèle de cette activité agricole, le parc a développé ses capacités touristiques : si 90% des 200 hectares du parc est dédié à la production agricole, celle-ci ne fournit que 10% des revenus contre 90% pour l’agrotourisme. Il accueille tous les ans 2 millions de visiteurs, avec des pics lors des vacances d’été qui s’élèvent à 30 000 par jour. Situé à 40 minutes en voiture du centre-ville et à proximité de l’aéroport, le parc bénéficie d’un emplacement idéal pour les séminaires d’entreprises et les citadins de la classe moyenne en quête d’un retour aux sources. Il constitue une alternative proche à des destinations réputées pour leurs paysages naturels comme le Yunnan, à 3h30 de vol de la capitale. On peut venir pêcher dans les grands bassins réservés à cet effet, cueillir des fruits dans le verger, suivre des parcours au-dessus de l’étang à lotus, déambuler au sein d’un paysage traditionnel idéalisé et dormir dans un chalet de montagne pseudo alpin. En réalité, le parc propose nombre d’activités allant du jardin maraîcher au mini parc d’attraction. C’est d’ailleurs ainsi qu’il se rémunère, en plus de la vente directe de la production agricole aux visiteurs, puisque l’entrée est libre.

 

Le parc de Xiedao propose des activités adaptées aux plus jeunes : la plupart des visiteurs sont des familles avec enfants.
Le parc de Xiedao propose des activités adaptées aux plus jeunes : la plupart des visiteurs sont des familles avec enfants.

Dans une volonté éducative, Xiedao mise sur les interactions des visiteurs avec le monde agricole, surtout les enfants qui, pour beaucoup n’ont jamais vu d’animaux de ferme ni ne savent à quoi ressemble un légume tout juste récolté. Il s’agit de sensibiliser une population citadine aux enjeux du gâchis alimentaire et de l’environnement.

D’ailleurs, Xiedao insiste sur ces enjeux de développement durable. 83% de l’énergie consommée est renouvelable et provient de panneaux solaires ou bien des centrales de méthanisation du parc. En effet, les déchets sont ici considérés comme des ressources et Xiedao pratique la circularité, ce qui lui assure une empreinte plus faible sur l’environnement et des investissements réduits notamment en engrais grâce à la valorisation des déchets organiques d’une activité à l’autre.

Enfin, le parc mise sur une stratégie de marketing territorial. D’ailleurs, Xiedao signifie île aux crabes en mandarin, ce qui permet aux graphistes d’imaginer des mascottes en forme de crabes. Les campagnes de promotion utilisent les outils de la Chine contemporaine : la télévision, internet, mais surtout Wechat, le réseau social national par excellence. Pour la clientèle visée, des familles avec des jeunes enfants de la classe moyenne pékinoise, c’est un peu le Disney green local.

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